LIBRE D'ALLER AU DEDANS


D’abord, parfois, les peurs qui surgissent…

Pas tant de l’inconnu mais plutôt de ce que l’on croit savoir déjà.

Le passé et les erreurs, les espoirs déçus, les joies envolées, les pensées contrariées.

Les deuils insidieux et les douleurs étouffées, la colère contenue…


D’abord, parfois, cette sensation de vanité…

Parce qu’à quoi servirait d’aller explorer des terres que l’on croit connaître déjà. Ce corps que l’on pense écouter, ce « moi » dont on saurait tout, voilà.


D’abord, parfois, le jugement que l’on pose…

Les « pas assez bien » « pas assez grand ». Les « je n’y crois pas », les « ce n’est pas moi » « et que penseraient-ils, ceux du dehors ? Et que penseraient ces parents, ces enfants, ces amis ? »…


Tout ça tout ça, et peut-être plus encore…

La vie qui court devant nous, et que l’on veut rattraper.

Les choses qu’on ne veut pas louper.

L’image que l’on veut donner.

Le temps qui file dont on veut être le maître.

Ce monde à dominer ou cet amour que l’on cherche…

Tout ça, tout ça…


Alors on n’y va pas, au-dedans…

Trop dangereux, trop émouvant, trop vrai peut-être ou trop déstabilisant… Trop noir sûrement. Et ce monde qu’est si vaste qu’on veut le fouler tout entier et l’apprendre, encore encore…


Puis vient un moment … L’occasion, la main tendue.

Dans un souffle nouveau ou, plus tard, dans le souffle dernier…

Parfois dans un mouvement d’âme, dans le rayon de soleil d’un après-midi d’été ou au détour d’une discussion, d’un verre partagé.

Parfois dans un besoin qui s’impose, dans le corps qui parle et que l’on choisit d’entendre sans vraiment savoir pourquoi… Peut-être parce que ça fait trop mal cette fois.


Vient le moment, dans le confinement, et la vie qui semble dire « c’est maintenant ».


Alors si on partait au-dedans. Si on partait au-devant. Si on partait à tâtons…

A la découverte de la musique de ce corps et des battements qui l’animent.

Si on prenait le pouls, si on regardait les images qui passent.

Si on frissonnait. Si on fourmillait. Si on percutait.

Si on avait peur et qu’on reculait… Mais qu’on sautait pourtant.


Si on faisait comme si on ne savait pas.

Qu’on se laissait la liberté de s’étonner. Qu’on changeait de regard. Qu’on souriait.

Et peut-être qu’on pleurerait aussi. Et qu’on s’en foutrait tout à coup.

Qu’on s’en foutrait que ce ne soit pas toujours beau au-dedans, pas parfait… qu’il y aient des erreurs et des actes manqués, des moments qu’on n’a pas aimé de la bonne façon, des émotions qu’on n’a pas gérées, des plaisirs qu’on n’a pas pris, d’autres qu’on a consommés.

Et peut-être oui qu’on irait quand même et qu’on trouverait ce qu’on n’a pas cherché.

Ce « nous » dont on n’avait même pas idée. Parce que c’est trop vaste, trop complet, trop mouvant, trop en dehors des cases pour qu’on ait pu l’imaginer.


Peut-être, oui, qu’on trouverait quelque chose comme ça…


Mais ce qui compteraient de toute façon, ce seraient les pas et l’acte, la peur qu’on a surmontée, et le paysage qu’on a découvert… les yeux qu’on a ouverts…


Et peut-être bien, tu sais, que ça changerait notre façon de voir le monde.

Ni en bien, ni en mal, juste différent. Juste en mouvement.

En conscience comme disent les grands.


Alors t’en dis quoi, toi ? T’en dis quoi d’aller voir au-dedans ? D’aller danser sur les battements de ton cœur, dis-moi : t’en dis quoi ?


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© 2018 par Rose-Hélène Rousseau.Tous droits reservés

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