TOUT CA POUR CA



J'ai d'abord redécouvert la peur.

Ça m'a permis de l'apprivoiser. De la comprendre et de la laisser passer, de la voir revenir, de l'écouter et d'en rire.

Puis j'ai eu l'envie et elle m'a permis de me projeter, d'imaginer et de visualiser.

J'ai couru, un peu, quelques kilomètres pour commencer, et j'ai pris conscience.

J'ai senti le plaisir en mon corps, mes jambes qui me menaient, et mes cheveux dans le vent d'hiver. Les flocons qui tombaient sur mes joues que je savais rosies par l'air du lac. La présence de celui que j'aime près de moi.

J'ai pris confiance et ai été euphorique. Ça semblait tout à coup faisable, à portée, possible. Ça se dévoilait.

C'était une image qui se faisait plus nette et des couleurs qui se rajoutaient au futur.

J'ai couru encore, des kilomètres par dizaines cette fois et ai découvert mon corps autrement, dans les étirements, les petits élancements, les courbatures.

J'ai ressenti le besoin de repos et me suis rappelée tout ce qui m'avait été enseigné en sophrologie et que je transmets à mon tour. J'ai mis au point mon propre programme de récupération avec mon coach à moi de mari et ça a porté ses fruits.

Ai continué de découvrir mon médecin, aussi, comme un allié vers qui se tourner pour être sûre que "tout va bien".

Et puis j'ai fait une pause tout à coup.

J'ai quitté l'objectif des yeux un instant, parce que ma nature à moi, elle est de savourer le présent, d'écouter les flots de la cascade, d'embrasser celui qui m'est cher, de sentir dans mes bras le p'tit bonhomme de ma vie, de boire des bières entre amis ; parce que ma nature à moi c'est de vivre ce qui est, avant même de projeter ce qui sera.

J'ai accepté cela.


J'ai repris, et la contrainte le disputait à l'envie.

J'ai couru, des kilomètres par vingtaines alors, et ce fut fou.

Fou de temps que j'aurais pu croire perdu, fou d'étapes...

L'ennui, l'euphorie, la confiance et puis non, le doute qui s'invite.

Le corps qui crie parfois, la douleur qui s'insinue, et les regains inattendus, l'ouverture au monde après le repli sur soi, le temps qui s'étire et se rétracte, la perte des repères pour terminer...

..."Sont-ce encore mes jambes qui courent en ce moment?"...


A l'arrêt, ce fut la douleur qui gagnait...

J'ai découvert un ostéopathe sympa près de chez moi, comme un ami qui voulait du bien à ces forces que je malmenais parfois.

Et j'ai pris la conscience, pas nouvelle mais qu'il est bon parfois de ranimer, qu'on est jamais seul dans un projet à mener, jamais seul dans un but à atteindre ou un cap à franchir, que c'est à nous de choisir de qui nous entourer, quels talents savoir demander, quel amour vivre, quelles paroles écouter...

Ce fut rassurant... Comme l'homme, le premier, qui courait à mes côtés.

J'ai poursuivi et me suis sentie proche, tout à coup, de ces athlètes de biathlon que je regardais à la TV... Non pas en m'y comparant, mais plutôt en écoutant ce qu'ils avaient à me donner. Merci Martin pour les souffles que tu m'as apportés sans le savoir !


Et puis... et puis...

Et puis la visualisation s'effaça. Les couleurs imaginées s'estompèrent. Tout ce qu'avait construit la pensée s'envola.

Le marathon fut annulé.

Coronavirus.

Mesure de prévention.

Report au 25 octobre.

"Tout ça pour ça?" ai-je pu lire de ci de là.


Oui, TOUT ça !

Toutes ces prises de conscience et ces apprentissages, ces larmes parfois, ces rires aussi. Tous ces élans d'enthousiasme, ces "je vais y arriver", ces pas menés dans la boue, dans la neige, contre le vent ou poussés par la Joie ; tout ça, justement, et rien d'autre qui ne vaut...

Comme pour la vie je crois.

Il y a ces buts que l'on vise mais dont il est bon d'avoir la conscience qu'ils peuvent changer en cours de route, et s'effacer même pourquoi pas. Et c'est bien tout ce qu'on fait pour l'atteindre, et bien plus encore la façon dont on le fait, qui, un peu, nous appartient.

Les traces que l'on laisse sur le sol, les sourires que l'on a partagés, ce qui nous a animé dans l'objectif, la conscience qu'on a fait dans la justesse ce qu'on pouvait, l'écoute qu'on a eu de nous-mêmes... Et alors ce ne sont plus des sacrifices qui nous hantent de n'avoir pu leur donner de sens, mais les plaisirs pris que l'on garde bien au corps, et que l'on grave peut-être un peu dans l'air et les gens.

Des enseignements, aussi, qui nous permettent d'avoir le cœur un peu plus grand.

L'horizon est important.

Il donne une direction aux efforts et une intention qui mènent les pas, des couleurs lorsqu'on lève la tête, de l'envie quand, parfois, il ne reste que cela.

Et puis il y la route, le chemin. Le présent. Celui, le seul, dont nous pouvons être maître...

Pour ne pas regretter.


Nous sommes-nous posé la question de tous ces buts non atteints?

Évanouis, interrompus, refusés, modifiés?

Nous sommes-nous retournés un instant sur ces personnes rencontrées sur le chemin qui peut-être nous accompagnent encore, sur les choses apprises, acquises, sur les efforts fournis, ce qui nous a forgé, sur les émotions qui nous ont menés?

Sur la façon dont nous avons transcendé?


Quel horizon nous anime? Lequel choisissons-nous?

Et quel pas faisons-nous chaque jour pour y parvenir?



De mon côté mes pas vont poursuivre ce dont, désormais, ils ne peuvent pas vraiment se passer... Peut-être plus tranquillement d'abord.

Jusqu'à cette nouvelle préparation qui commencera en Août...


Tout ça pour tout ça...



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© 2018 par Rose-Hélène Rousseau.Tous droits reservés

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